3 questions à Claudio Radaelli

Claudio Radaelli, chercheur en science politique à l'université d' Exeter, revient sur son projet qui le lie avec l'université de Bordeaux. Entretien.

3 questions à Claudio Radaelli Claudio Radaelli -

Monsieur Radaelli, vous êtes un éminent chercheur en science politique, pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre domaine d’expertise ?

Un de mes amis m’a dit un jour qu’un bon politologue écrit toujours le même livre. Cela peut ressembler à un paradoxe mais, en réalité, je pense qu’avoir un genre de fil rouge tout au long de sa carrière est une bonne chose. Je suis chercheur en science politique et j’ai une formation en économie. Mon fil rouge illustre cette formation. En fait, mon travail théorique découle d’une série de questions sur l’utilisation des connaissances en économie dans les politiques publiques. Empiriquement, cela m’a conduit à examiner la manière dont l’économie et les économistes façonnent les décisions politiques internationales dans le domaine de la fiscalité des entreprises, l’utilisation de l’analyse coûts-bénéfices dans la préparation de la législation et de la réglementation, et les limites de la technocratie dans les politiques publiques et les systèmes politiques contemporains. Il y a également des implications normatives qui sont liées à mes recherches empiriques, par exemple, où se situent les modes de gouvernance « techniques » en termes de responsabilité et de théorie démocratique ? Je m’intéresse également à la conception de la recherche : bien trop souvent, nos programmes de formation réduisent la conception de la recherche à un ensemble de méthodes et de techniques, et je pense que c’est une erreur.

En quoi consiste votre projet avec le site universitaire bordelais ?

Le projet propose une nouvelle façon de penser, en ce qui concerne l’apprentissage des politiques publiques. Au début, dans notre équipe de recherche à l’Université d’Exeter (Claire Dunlop, Jonathan Kamkhaji et moi-même) nous avons fait un choix ontologique. Nous avons pensé que l’apprentissage est une question ontologique, et non un problème épistémologique. J’entends par là que nous pouvons examiner les politiques publiques en partant de l’hypothèse que tout ce que nous voyons est une manifestation de l’apprentissage. Imaginez que vous observez un groupe de personnes dans une société donnée : vous pouvez voir cette « réalité » sous l’angle du pouvoir, de l’appartenance sexuelle, des relations ethniques... et pourquoi pas de l’apprentissage ? Donc, en un sens, toute réalité sociale peut être étudiée en termes d’apprentissage. Mais l’apprentissage peut être fonctionnel ou dysfonctionnel, pour tel ou tel groupe. Il existe des situations où nous devons commencer par désapprendre, avant d’avoir la liberté d’apprendre des choses nouvelles. Donc, la deuxième étape du projet consiste à faire usage de typologies explicatives afin d’apporter une délimitation précise de l’apprentissage de la politique et des conjectures sur le type d’élément qui nous amène à dire que nous observons un type d’apprentissage ou un autre. La troisième étape consiste à appliquer ce cadre à l’architecture émergente de la gouvernance de la zone Euro : qu’est-ce que l’UE a appris des réponses apportées à la crise de la zone Euro ? Comment sont utilisées les informations produites par les procédures de suivi, de surveillance et de compte-rendu de la zone Euro, par qui, et avec quelles implications pour l’apprentissage ? Cela dit, j’espère que cette approche de l’apprentissage sera également utile à d’autres chercheurs, ici, à Bordeaux – nous avons déjà eu des réunions très intéressantes avec des sociologues, des économistes et des chercheurs en sciences sociales travaillant sur le développement, l’éducation et l’ABM (agent-based modelling). Enfin, je participe actuellement à des ateliers de doctorat, sur les méthodes et la conception de la recherche, par exemple, sur la manière d’écrire des chercheurs en sciences sociales, et les approches critiques et réflexives des stratégies de publication.

Pourquoi avez-vous choisi Bordeaux ? Le programme Initiative d’excellence de l'université de Bordeaux a-t-il joué un rôle incitateur dans votre venue ? 

En effet, l'IdEx Bordeaux est « la » raison de mon séjour à Bordeaux. C’est ce qui a rendu les choses possibles. Intellectuellement, j’ai choisi Bordeaux pour les raisons suivantes : tout d’abord, Bordeaux est un lieu très important pour les sciences politiques européennes, comme en témoignent les noms prestigieux de directeurs de recherche tels que Maurice Duverger et Vincent Wright.  Ensuite, l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux (IEP) est un centre qui occupe une place unique en matière de sociologie politique et de science politique – J’ai travaillé avec des juristes et des économistes par le passé, mais rarement avec des sociologues et des historiens politiques. L’IEP de Bordeaux conjugue les sciences politiques, la sociologie et l’histoire d’une manière très intéressante, sous la direction de Vincent Hoffmann-Martinot. Troisièmement, je suis attiré par l’expertise et l’expérience inestimables qui sont disponibles au sein du Centre Emile Durkheim (CED). Le centre est dirigé par Andy Smith, qui a publié de nombreux ouvrages sur l’analyse politique théorique et empirique. Avoir intégré le laboratoire du CED est une grande opportunité, nous n’avons rien d’équivalent en termes de gamme de disciplines, d’approches et d’intérêts, ailleurs qu’ici. 



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