La question des faux-bleus dans la peinture murale médiévale : Réalité physique et perception psychologique

L’étude de la peinture et plus généralement des arts de la couleur prend en compte les relations existant entre l’œuvre peinte et l’œil qui la regarde.

Cette discipline met en œuvre une approche interdisciplinaire des problématiques qu’elle aborde, à travers la prise en compte de trois aspects indissociables :

  • les aspects matériels : quelles sont les techniques et les matériaux employés ? Quelles étaient les conditions d’éclairement ? etc. 
  • les aspects sensoriels/perceptifs : comment sont intégrées les informations colorées par l’homme dans sa perception de l’environnement ou dans sa création ? Quels sont les effets illusoires de ces interprétations[1]?
  • les aspects culturels : Quelles sont les relations entre représentations et société (symbolique des couleurs, modes, approvisionnement, pratiques d’ateliers, etc.)

Les bleus sont une couleur peu employée dans la peinture au Moyen-Age du fait de leur coût et de leur rareté. Contrairement à d’autres couleurs, leur utilisation obligeait à des stratégies réfléchies. Visibles dans la peinture murale médiévale, c’est ainsi que sont apparus les « faux-bleus » obtenus à partir de matériaux pauvres. A travers l’usage de ces « faux-bleus », Sandrine Delord et son équipe au Laboratoire de Psychologie Santé et Qualité de Vie vont comparer la réalité physique et la perception psychologique[2] pour évaluer si, dès l’époque médiévale, l’iconographie intègre une forme d’illusion perceptive colorée.

Au terme de ce PEPS, de nombreux exemples de ces « faux bleus » ont été prélevés dans des peintures murales médiévales du Sud-Ouest de la France. A l’issue d’une série d’analyse il a été démontré que ces « faux bleus » appartenaient en fait à la famille de couleur des gris. Dans un deuxième temps, un panel de personnes a été soumis à la caractérisation de ces « faux bleus ». Il est apparu que ces derniers -appartenant objectivement à la famille des gris- étaient traités comme bleu par l’homme. Il est concevable qu’il en ait été de même pour les observateurs pendant des siècles. Les peintres auraient donc pu utiliser ces gris en sachant très bien que leur public l’assimilerait à des bleu grâce à une compréhension implicite et spontanée induite notamment par l’objet même qui était représenté (exemples : le manteau de la vierge, le ciel, etc.).  


[1] Autrement appelé illusions perceptives colorés

[2] Aspects sensoriels/perceptifs de l’étude de la peintures et des arts de la couleur

  • Coordinateur du projet : Sandrine Delord
  • Volet : Interfaces
  • Laboratoire : Laboratoire de Psychologie Santé et Qualité de Vie, EA 4139/Université Bordeaux Segalen


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