Confirmation de l'IdEx Bordeaux : interview de Manuel Tunon de Lara

Confirmation de l'IdEx Bordeaux : interview de Manuel Tunon de Lara ©université de Bordeaux

Manuel Tunon de Lara, président de l'université de Bordeaux et du conseil de gestion de l’IdEx Bordeaux, revient sur le rapport rendu par le jury international dans le cadre de l'évaluation de l'Initiative d'excellence.

Vous venez de prendre connaissance du rapport d’évaluation du jury international sur l’IdEx Bordeaux qui a été confirmée vendredi dernier. Quels sont les points forts ?

Ce rapport d’évaluation reprend 9 critères essentiels aux yeux du jury qui font l’objet d’une note (A, B, ou C) et qui sont ensuite détaillés. Pour chacun d’entre eux, le jury fait également des recommandations. Notre projet a été très bien évalué (7 A et 2 B) et les commentaires mettent en avant la dynamique irréversible de la construction d’une université de recherche au standard international. Nos points forts restent l’excellence scientifique, l’ambition en matière de formation, le lien avec les organismes de recherche qui est qualifié « d’excellent », ainsi que la réussite de nos opérations d’attractivité. La gouvernance et la conduite même du programme IdEx sont évaluées très positivement, les modalités déployées en matière de pilotage étant signalées comme « pratiques de référence ».  


Les recommandations de ce même jury en 2011 mettaient en garde contre deux faiblesses potentielles : le lien avec le milieu socio-économique et l'international. Qu'en est-il aujourd'hui ?

En effet la relation avec le milieu socio-économique était l’un de nos points faibles en 2011 alors que nous sommes bien notés aujourd’hui sur les thèmes de l’innovation et du partenariat, dont le partenariat industriel. Le rôle de la SATT, la mise en œuvre du programme « UB friendly » et l’augmentation des ressources propres en provenance des entreprises ont été des indicateurs positifs. Le jury recommande cependant d’accélérer le mouvement ; nous nous y employons d’ores et déjà avec une direction innovation et partenariats dédiée à la relation avec les entreprises. Les progrès en termes d’internationalisation, qui était un autre de nos points faibles en 2011, ont aussi été relevés par le jury, notamment sur notre offre de formation. Cela demeure toutefois un point important d’amélioration même si le rapport valide la stratégie que nous avons adoptée et nous encourage à poursuivre dans cette voie, y compris pour l’axe euro-régional.

Un point nouveau semble apparaître sur la grille d'évaluation, la vie de campus. S'agit-il d'un nouveau volet du programme IdEx ?

En effet, cet item n’apparaissait pas en tant que tel dans le projet initial mais différentes actions concernaient déjà directement ou indirectement la vie de campus (mobilité, programme ambassadeurs, festival arts et sciences, …). Le jury a estimé que cela représentait un axe d’amélioration et qu’il fallait proposer un programme et des indicateurs de suivi spécifiques. La politique des alumni et les actions en vue d’améliorer le « sentiment d’appartenance à l’université de Bordeaux » sont indiquées comme étant essentielles.

Cette évaluation du jury correspond-elle à l’analyse que vous avez eue vous-même de la trajectoire de l’IdEx depuis 2011 ?

Nous nous étions donné comme objectif intermédiaire à la fin de période probatoire « de mettre en place les conditions du succès », et à la lecture du rapport d’évaluation je pense que nous avons atteint cet objectif.
Le travail en profondeur qui a été fait par le jury pour apprécier la trajectoire d’évolution nous apparaît remarquable, et nous nous retrouvons pleinement dans les éléments mis en exergue par leur rapport. Je ne suis pas surpris, car la qualité des échanges lors de l’audition démontrait une très bonne connaissance du dossier que le rapport d’évaluation reflète sur bien des points.

Le portage de l'IdEx par une université fusionnée (comme Marseille et Strasbourg) semble avoir beaucoup pesé sur la décision du jury. Le caractère incomplet de la fusion à Bordeaux n'a-t-il pas été pénalisant ?

Le projet des universités fusionnées répond beaucoup plus aux standards internationaux et permet de mettre en œuvre une gouvernance plus efficace. A cet égard, il est vrai que les projets de Strasbourg, Marseille et Bordeaux se ressemblent et ont peut-être permis d’aller plus vite dans la mise en œuvre des programmes et l’atteinte de certains objectifs. Les questions d’identité de l’université, de son image, de la signature unique pour les publications scientifiques ou du sentiment d’appartenance sont au cœur du sujet de l’IdEx.

Concernant Bordeaux, le caractère incomplet de la fusion était connu du jury dès le départ et nous n’avons pas du tout été questionnés sur le sujet. En revanche la question des écoles d’ingénieurs et de Sciences Po (NDLR : qui devaient fusionner avec l’université dans le projet) a été discutée lors de l’audition et avait été soulevée par le comité de visite. Nous avons alors pu, avec leurs directeurs, expliquer notre stratégie de rapprochement.

Les recommandations formulées par le jury modifient-elles la trajectoire de l'IdEx ou nécessitent-elles des ajustements du programme ?

Globalement les recommandations confirment la trajectoire initiée pendant les 4 premières années et encouragent à aller plus loin.  L’objectif est d’exploiter le potentiel de l’université de recherche ainsi établie, que ce soit du point de vue de la recherche d’excellence, de notre offre de formation ou de notre rôle dans un écosystème d’innovation. Au plan de la recherche, l’université de Bordeaux se classe (ARWU, Leiden, etc.-) sur la plupart des domaines scientifiques, mais n’est pas visible – comme beaucoup d’universités françaises- sur le domaine des sciences humaines et sociales (NDLR : en dehors de l’archéologie). Ce sera un des axes de travail que nous envisageons d’aborder en premier lieu à travers le développement de la multidisciplinarité. Comme nous avons pu en discuter avec le jury lors de l’audition, cela doit également être envisagé au travers du prisme de l’attractivité pour développer des domaines émergents originaux et ayant un effet d’entrainement sur des niches d’excellence existantes, comme nous avons pu le faire récemment dans le domaine de la philosophie des sciences.

Le jury ne nous a pas demandé de faire des ajustements de trajectoire ou de périmètre.
En revanche, il était très attentif sur la projection de l’université à moyen terme et nous a beaucoup questionné sur le plan stratégique (U25) que nous sommes en train d’élaborer.

Documents complémentaires :

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14 recommandations du jury

  1. Renforcer la politique de signature unique « université de Bordeaux »
  2. Poursuivre l’effort initié en matière de formation doctorale
  3. Intégrer plus largement les SHS à l’activité scientifique du périmètre d’excellence
  4. Optimiser le levier numérique dans l’innovation pédagogique, en particulier par l’accroissement de l’offre de MOOCs
  5. Accroitre l'offre de formation en langue anglaise
  6. Poursuivre la stratégie d’innovation initiée en l’élargissant à l’ensemble des champs scientifiques
  7. Intensifier les actions en direction de l’activité brevets et la création de start-up
  8. Envisager sur le long terme l’élargissement de l'offre de recherche et de formation de l’université de Bordeaux dans le domaine des SHS
  9. Clarifier les règles de reconnaissance des diplômes des partenaires par l’université de Bordeaux
  10. Développer un programme intégré « vie de campus » destiné à améliorer la qualité de vie étudiante et le renforcement du sentiment d’appartenance à l’université de Bordeaux
  11. Renforcer le leadership de l’université de Bordeaux à l’échelle du territoire euro-régional, en partenariat avec les universités basques
  12. Poursuivre et développer les coopérations stratégiques avec un nombre sélectionné d'institutions internationales
  13. Diversifier et intensifier les opportunités en matière d’attractivité et de gestion des talents en se saisissant de toutes les possibilités réglementaires accessibles à l’université
  14. Poursuivre l’effort de communication continu sur les objectifs et réalisations de l’IdEx pour maintenir le bon niveau de mobilisation et de dynamique collective


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